1973-2013 / l’erg a 40 ans / retroprospective

Cette année, les portes ouvertes de l'erg seront aussi l'occasion de fêter les 40 ans de notre école.

En effet, c'est en janvier 1973 que l'erg accueillait ses premiers étudiants. À peine quelques dizaines à l'époque – quelques déménagements et de nombreuses transformations plus tard –, elle en compte aujourd'hui plus de 400.

Le Conseil Étudiant vous invite à poser votre regard critique et à apporter vos commentaires sur un document issu de l'histoire de l'erg, dont certains passages nous ont semblé d'une actualité surprenante.

Ceci nous semble particulièrement judicieux à un moment où s'installe une certaine uniformisation des parcours d'études. Ce qui est en jeu, ce sont les particularités de l'erg qui, dès le départ, avait été pensée comme une école expérimentale – avec comme maîtres-mots la pluridisciplinarité, l'importance donnée aux cours théoriques autant que pratiques et l'ancrage de l'enseignement artistique dans la société et ses problématiques.
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Extraits:
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Voici donc, pour conclure, déjà quelques extraits du document en question, écrit en 1975 par les enseignants et la direction de l'époque, en collaboration avec des étudiants :

L'art, dit-on, et son propre but et sa propre justification. Les écoles, par contre, se justifient par leur utilité sociale. C'est là une contradiction inhérente à l'école d'art.

Comme tout enseignement, celui de l'art remplit une double fonction, celle d'épanouir l'individu par un ensemble de connaissances, et celle de fournir à la société les personnes qualifiées pour les emplois qu'elle offre.
Double fonction souvent antagoniste dans l'enseignement en général, à coup sûr dans l'enseignement artistique: il n'y a pas d'"emplois" d'artiste, et s'il y a des métiers d'art ils ne se règlent sur aucune demande précise.
Les écoles connaissent toutes ce paradoxe, d'être mises en demeure de justifier leur existence par une fonction sociale dont elles ne peuvent rendre compte.
On pourrait croire atténuer ce paradoxe, en dirigeant les études vers les "arts appliqués", ou même vers les "arts commerciaux".
Ce serait pourtant aller à l'encontre de sa solution, et diminuer la portée de l'enseignement artistique, en prétendant l'aligner sur des formules restrictives. (p.4)

[…]en l'absence de normes esthétiques ou culturelles, c'est de la place de la théorie que dépend en grande partie la cohérence de la formation.
Loin d'être une simple "culture générale", et sans prétendre fournir à l'art une "base scientifique", ce qui est une erreur et une illusion, l'analyse théorique doit réagir sur la pratique en en dégageant les lignes de force. Ce faisant elle l'oriente sans se la soumettre, et elle permet à la formation pratique d'éviter l'empirisme tout en préservant la liberté de recherche. (p.6)

L'art moderne et contemporain ont fait éclater les frontières qui séparaient autrefois les disciplines et les genres artistiques.

Bien des œuvres sont inclassables dans les catégories traditionnelles de peinture ou sculpture p.ex., ni dans les genres institués tels que portrait, paysage etc. Même des distinctions comme celle de l'abstrait et du figuratif sont devenues incertaines. (p.11)

L'art ne peut plus être considéré comme un domaine autonome ayant sa fin en soi.
Il est ancré dans une société, et plus largement dans une civilisation qu'il reflète et sur lesquelles il agit en retour. (p.13)

erg 1975